TrashLation ou la mémoire plastique d’une vie

TrashLation ou la mémoire plastique d’une vie

TrashLation ou la mémoire plastique d’une vie

TrashLation ou la mémoire plastique d’une vie

L’exposition du collectif espagnol Basurama à l’Instituto Cervantes, parmi la trentaine d’espaces qui conformaient le circuit artistique du Partcours, touche à sa fin. Quelques réflexions en guise de bilan du travail montré à l’Instituto Cervantes lors de la quinzaine de l’art contemporain de Dakar.
L’exposition du collectif espagnol Basurama à l’Instituto Cervantes, parmi la trentaine d’espaces qui conformaient le circuit artistique du Partcours, touche à sa fin. Quelques réflexions en guise de bilan du travail montré à l’Instituto Cervantes lors de la quinzaine de l’art contemporain de Dakar.
L’exposition du collectif espagnol Basurama à l’Instituto Cervantes, parmi la trentaine d’espaces qui conformaient le circuit artistique du Partcours, touche à sa fin. Quelques réflexions en guise de bilan du travail montré à l’Instituto Cervantes lors de la quinzaine de l’art contemporain de Dakar.

TrashLation est une expérimentation, un questionnement de nos modèles de consommation et de notre relation avec nos résidus. Après avoir été présenté dans plusieurs pays du monde (Argentine, Espagne, Russie, Inde, pour n’en citer que certains), le projet est arrivé à Dakar et, pour son déroulement, des élèves de théâtre et improvisation corporelle de la Maison Douta Seck, ainsi que des étudiants d’espagnol de l’UCAD s’y sont impliqués. On leur a demandé de faire une récolte de ses déchets non-organiques pendant 24h, pour après en faire un tri, gardant seulement ce que, parmi leurs restes, pourrait leur représenter au mieux.

Une série photographique représentative des pratiques de consommation de la jeunesse dakaroise

Selon Juan, l’un des artistes derrière le projet, ce qui pose le plus de problèmes à l’heure de lancer l’appel à la participation des gens c’est de montrer publiquement leurs propres ordures. Il s’agit dans cet acte, d’aller à l’encontre de l’une des choses les plus intimes de la vie d’un individu lambda. Quelqu’un pourrait argumenter, sans tort, qu’ici se trouvent des traces permettant de faire le portrait du quotidien de cette personne, de ses mouvements, sa diète, ses goûts, et même en tirer des conclusions sur sa vie amoureuse, – qui sait, seules les ordures en gardent la preuve. Dans le cas de cette expérience à Dakar, néanmoins, l’activité a été, par règle générale, très bien reçue. L’investissement des participants se traduit en une série photographique à travers laquelle on peut regarder et réfléchir aux modes de vie et aux pratiques de consommation d’un groupe représentatif de la population jeune de Dakar. Ce qui, par ailleurs, est intéressant considérant que la moyenne d’âge au Sénégal, selon les dernières chiffres de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, est de 19 ans et que les mineurs de 20 ans représentent un 52,1% de la population totale du pays.

Une des problématiques principales que soulève cette exposition est l’incapacité des pays en voies de développement à gérer, recycler et/ou cacher tous ces résidus plastiques qui résultent de nos activités de consommation, ainsi que ceux reçus en provenance des pays développés. En Amazonie comme dans les régions de l’intérieur de Sénégal, où le manque de services comme l’eau et l’électricité est toujours palpable et le fonctionnement des villages se fonde sur les mêmes coutumes et manières de travailler et vivre des ressources environnantes que l’on connaît traditionnellement, l’un des problèmes centraux que l’artiste a pu observer est que originellement ces populations sont préparées et habituées à gérer des déchets organiques desquels on se défait dans un trou creusé quelque part dans la nature. Là où, auparavant, ces ordures se seraient décomposées, on trouve aujourd’hui un cimetière plastique difficile à démanteler dans des régions ou seulement le passage d’un camion de récolte se prouve presque inenvisageable.

« C’est nous qui produisons les déchets. Il n’y a pas à avoir honte (…) Je pense que ça devrait plutôt être une fierté de faire partie de ce combat [pour l’éradication des ordures] »

Dans ce contexte, ce projet se montre comme une force d’action importante dans le changement de nos rapports avec nos résidus, ainsi qu’avec notre environnement. Il s’agit de demander aux participants de s’impliquer directement et questionner une activité quotidienne et banale comme celle d’en disposer des propres ordures. Le fait de devoir se déplacer avec celles-ci le long d’une journée et de les garder comme s’il s’agissait d’objets précieux impose indéfectiblement une réflexion autour de gestes ordinaires et de réflexes passés inaperçus.

« C’est nous qui produisons les déchets. Il n’y a pas à avoir honte (…) Je pense que ça devrait plutôt être une fierté de faire partie de ce combat [pour l’éradication des ordures] », c’est comme ça qu’Aly, jeune acteur en formation à Douta Seck, résume ses ressentis après avoir pris part au projet initié par Basurama. L’affluence du public et les discussions que l’on a pu entendre lors du vernissage de l’exposition le 30 novembre dernier, font preuve, d’autre part, d’une volonté de dialogue et d’une nécessité de prendre conscience sur ce qui perdure globalement de notre passage, en tant que civilisation, sur cette terre.

Le déchet plastique, fossile de l’ère contemporaine, devient porteur de la mémoire d’une société, des individus qui la configurent et des modes de vie qui l’articulent. Porteur de parole, questionnant notre héritage et nos degrés de développement, il montre sa versatilité à jouer le rôle d’objet d’art et profite de cette place privilégiée pour mettre en lumière ce que nous sommes – ce que l’on jette.

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